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Premessa - 3

MŒURS DES ISRAELITES ET DES CHRETIENS

Par Mr. L'Abbé FLEURY, prètre, Prieur d'Argenteüil, Confesseur du Roy, à Paris, Chez Jean Mariette, rue S. Jacques, aux Colonnes d'Hercules, MDCCXXVII

pp. 1-2.

Avec approbation & Privilege du Roy à Paris le 20 May 1719 - Approbation de J. Benigne Ev. de Meaux à Paris le 28 Février 1682 - Approbation de Monsieur Pirot, Docteur & Professeur de Sorbonne, 18 Février 1682.

LES MŒURS DES ISRAELITES

I - Dessein de ce traité

Le peuple que Dieu avoit choisi pour conserver la veritable religion jusque à la prédication de l'évangile, est un excellent modele de la vie humaine la plus conforme à la nature. Nous voïons dans ses moeurs les manieres les plus raisonnables de subsister, de s'occuper, de vivre en societé: nous y pouvons apprendre non-seulement la morale, mais encore l'économie & la politique.

Cependant ces mSurs sont si differents des nôtres, que d'abord elles nous choquent. Nous ne voïons chez les Israelites ni ces titres de noblesse, ni cette multitude d'offices, ni cette diversité de conditions, qui se trouve parmi nous. Ce ne sont que des laboureurs & des bergers; tous travaillans de leurs mains, tous mariez, & comptans pour un grand bien la moltitude des enfans. Les distinctions des viandes & d'animaux mondes & immondes, & les fréquentes purifications, nous paroissent des cerimonies incomodes: les sacrifices sanglans nous dégoutent. Nous voyons d'ailleurs que ce peuple étoit enclin à l'idolatrie:que l'écriture à ce sujet lui reproche souvent son indocilité, & la dureté de son coeur: que les peres de l'église le traitent de grossier & de charnel. Tout cela joint à un préjugé confus, que ce qui est le plus ancien, est toujours le plus imparfait, nous persuade aisément que ces hommes étoient brutaux & ignorans, & que leurs mSurs sont plus méprisable qu'admirables.

De là vient en partie que les saintes écritures, sur-tout celles de l'ancien testament, sont si peu lúës, ou avec si peu de fruit. Les bons Chrétiens, qui ne se sont pas encore défaits de ces préjugez, sont rebutez par cet exterieur des mSurs étrangeres. Ils attribuent tout sans distinction, à l'imperfection de l'ancienne loi. Ou croient que sous cette écorce, soit cachez des mysteres, qu'ils n'entendent pas. Ceux qui n'ont pas assez de foi & de droiture de coeur, sont tentez, sur ces apparences, de mépriser l'écriture méme, qui leur paroît remplie de choses basses; ou bien ils en tirent de mauvaises consequences, pour autoriser leurs crimes.

Mais quand on compare les moeurs des Israelites avec celles des Romains, des Grecs, des Egyptiens, & des autres peuples de l'antiquité, que nous estimons le plus, ces préventions s'évanouissent. On voit qu'il y a une noble simplicité, meilleure que tous les rafinemens; que les Israelites avoient tout ce qui étoit bon dans les mSurs des autres peuples de leur temps; mais qu'ils étoient exempts de la plûpart de leurs défauts, & qu'ils avoient sur eux l'avantage incomparable de savoir où doit se rapporter toute la conduite de la vie, puisqu'ils connoissoient la vraie religion, qui est le fondement de la morale. [...]